• 88 Posts
  • 136 Comments
Joined 2 years ago
cake
Cake day: August 9th, 2023

help-circle


  • C’est tout le problème de l’orientation des réseaux sociaux. Tu peux y faire du bon et du mauvais mais dès lors que le mauvais est structurellement favorisé, le bon est au mieux un frein à la dégradation de la situation, au pire une justification du réseau social.

    Avant même que la broligarchie ne fasse transforme les réseaux sociaux en arme idéologique, l’orientation était présente. Par exemple Twitter, avant le rachat par Musk était détenu par des gens considérés comme plutôt progressistes mais par le simple mécanisme de l’attention, la facilité de partage, ce sont les fakes news, les trucs crapoteux et qui mettent les gens en colère qui circulaient le plus. Et un camp politique prospère beaucoup mieux là-dessus.

    Et maintenant qu’il y a un vrai projet idéologique (les communautés féministes et queer se font dégager de Meta), la capacité de nuisance se révèle. Ces réseaux sont tellement enkystés dans la société qu’on se retrouve avec des tuyaux qui déversent du fascisme directement dans le cerveau des gens.



  • Ca fait partie de sa démonstration de force. Il a agité un lien imaginaire à un gang de narcotrafic pour justifier son emploi de la force avant de finalement laisser tomber l’accusation.

    Cette affirmation qu’il n’existe aucune règle, aucune institution au-dessus de sa propre volonté est une façon d’affirmer sa prétention à la toute puissance.

    C’est symptomatique de la dérive totalitaire où le monde est dénué de toute structure. S’il était juste fasciste, considérant la religiosité de sa base, il pourrait affirmer que dieu, la bible et ce genre de choses sont sa références morale. Mais il n’en est pas là. Sa seule limite, c’est lui-même. Il n’a donc en réalité aucune limite.

    Le fait qu’il affirme qu’il ne veut de mal à personne est aussi typique de la dynamique totalitaire. Il dit des choses et démontre exactement l’inverse. Les leaders du monde non totalitaire se bercent d’illusion en pensant qu’il y a toujours des marges de négociation avec lui puisqu’il parle (parfois) comme quelqu’un de sensé, qui ne veut pas la guerre, qui ne fait que du business alors que ses actes sont parfaitement contradictoires. Sa capacité à entuber le reste du monde alimente l’admiration que ses sbires ont en lui. C’est pour ça que jouer l’apaisement est une très mauvaise idée.







  • Le passage sur la foi en l’absence de limite de l’intelligence artificielle me fait penser à ce que Arendt disait sur la croyance des chefs totalitaires que l’organisation humaine permettait d’obtenir des résultats sans limites. Ils pensaient qu’en créant un homme nouveau, tout était possible. Pour cela la destruction de toute structure sociale était une nécessité et Arendt décrit les masses totalitaires comme une armée de robot et non pas de fanatiques.

    Là, ça donne l’impression que cette fois, ils ont à leur disposition de vrais robots qui semblent se comporter comme des humains


  • Je me dis que dans le monde moderne où tout le monde est sur internet et les réseaux sociaux, le totalitarisme et son besoin de faire rentrer la réalité dans le fantasme a plus que des moyens de surveillance colossaux. Elle a le moyen d’écrire la réalité. Ce n’était pas vraiment possible dans les années 30 mais tout à fait à portée aujourd’hui d’un pouvoir totalitaire, surtout s’il est américain.

    Imaginons que le pouvoir décide que l’ennemi objectif qu’il s’est donné (“les wokes” par exemple) soit un ramassis de pédophiles, alors il dispose de tous les moyens nécessaires pour faire de cette fiction une réalité.

    Il sait lister les individus appartenant à la catégorie et il peut générer des échanges de messages, de médias ou de transactions financières prouvant qu’ils sont ce qu’ils sont censés être. Le concentration des médias et des services leur permet de créer une réalité alternative. Même si personne n’y croit plus, ils détruisent la réalité, délivrent le monde où plus personne ne croit en rien et où donc tout est possible dont parle Arendt.




























  • J’ai une critique d’Arendt à rajouter à cet essai (qui est très pertinent et avec lequel je suis d’accord sur le fond comme sur la forme) : elle met systématiquement de côté les causes matérielles dans sa vision du totalitarisme, ce qui l’amène à considérer nazisme et stalinisme comme identiques par exemple alors qu’ils ont des causes très différentes.

    Dans le système totalitaire elle s’étend assez peu sur les raisons pour lesquelles le stalinisme s’impose et pointe régulièrement d’une part le manque de source sur l’URSS, particulièrement à son époque je suppose.

    Elle rapproche les deux sociétés parce qu’elles lui semblent fonctionner sur la même logique mais n’en fait pas des sociétés sœurs.

    En fait, je n’ai jamais vibé avec la façon dont elle présente le fascisme comme un produit d’angoisses, de suspicions, et de police secrète, alors que la racine du fascisme est purement matérialiste : un outil de la classe dominante pour maintenir l’ordre social quand le consensus ne suffit plus à garder la population apaisée.

    Elle sépare très nettement le fascisme du totalitarisme. Elle pointe notamment le mépris des nazis pour les fascistes italiens alors qu’Hitler et Staline s’admiraient, même s’ils savaient qu’ils étaient ennemis.

    Concernant la montée du nazisme, l’hypocrisie de la morale bourgeoise et avec elle le capitalisme allemand qui est farouchement opposé à toute forme de contestation sociale et de remise en cause de l’ordre établi sont identifiés comme le moteur initial de la montée du nazisme. Elle a des passages entiers sur la haine du statut quo et la façon dont la bonne société qui s’opposait au nazis n’avait finalement que ce modèle mensonger et à bout de souffle auquel se raccrocher. Nous sommes aujourd’hui les deux pieds dedans.

    Le projet du nazisme dépassait très largement cette ambition bourgeoise de remise de la société au pas et cette bourgeoisie s’est fait marcher dessus à la fin. Le totalitarisme selon Arendt réside dans cette confusion entre le fantasme et la réalité, la seconde devant se plier à la première, l’absence de structure et d’ordre et une société tout entière qui se retrouve soumise aux délires paranoïaques d’un seul homme qui vit avec la certitude qu’il ne fait qu’accélérer une réalité scientifique implacable.

    C’est je pense la différence entre une situation française essentiellement fascisante et la situation américaine bien plus totalitaire, même si Trump ne semble pas encore assez fort pour effacer ses casseroles avec Epstein et qu’il est toujours contesté dans son camp.

    Je suis d’accord qu’il y a une crise de la surveillance, des médias, de la paranoïa, etc. mais je ne vois pas ça comme un glissement vers le totalitarisme, plutôt comme un état capitaliste qui se souvient de sa fonction première : protéger la propriété, discipliner les classes populaires, écraser les mouvements d’émancipation. L’appareil policier qui fait le travail n’a jamais cessé d’être radicalisé, il a des périodes pires que d’autre mais même dans ses “bonnes” périodes il est extrêmement injuste et violent. Même l’état policier que monte Trump n’est au final qu’un replay des USA des années 1960-80, auquel on rajoute les technologies modernes.

    J’ai l’impression que les US ont poussé le pouvoir de la police au fil des décennies et qu’aujourd’hui la convergence avec le techno-fascisme offre un terrain fertile pour un dérapage totalitaire. Ce n’est pas la police qui fait le totalitarisme mais dans sa forme, avec ses moyens, elle est tout à fait adaptée à la tâche. A voir par exemple si l’ICE tournera en police politique aux US.

    D’un point de vue plus matérialiste, ce que les IA rajoutent, c’est de l’autoritarisme compatible avec le marché, qui ne cherche pas nécessairement à imposer une idéologie totalitaire mais plutôt à maintenir une population docile et prévisible. Si le totalitarisme est une des façons de le faire, le capitalisme numérique offre justement des solutions qui ne le nécessitent pas. Au contraire, elle retire le besoin d’une dictature, elle permet d’accomplir le même résultat en se cachant derrière une apparence soft, assez éloignée du totalitarisme pour que même la gauche libérale l’encourage pleinement.

    De ma compréhension du totalitarisme, avoir une population docile et prévisible est justement l’objectif. L’idéologie est secondaire. Arendt explique comment elle a perdu toute importance une fois le pouvoir totalitaire. Elle a été un instrument pour faire basculer la société mais une fois le basculement opéré, l’objectif est de contrôler les âmes, d’effacer les individualités. L’homme totalitaire est un robot, pas un fanatique. C’est justement la docilité des masses, leur indifférence à leur propre vie qui est la marque du totalitarisme. La terreur est intérieure et ne vaut que parce qu’elle permet d’atteindre cet objectif de robotisation de l’humanité. Et là je vois des liens fort avec les réseaux sociaux et ce que peuvent faire les IA. Le fantasme de remplacer les humains par des IA me semble très bien correspondre au projet.


  • Les réseaux sociaux permettent de connaître les réseaux de relation ce qui est déjà un pouvoir énorme. Ils sont également cette capacité à orienter l’opinion, on l’a vu encore récemment lors d’élections récentes. Je pense néanmoins que les IA que les gens interrogent pour n’importe quel aspect de leur vie (professionnelle, familiale, sentimentale) qui lui confie un poids encore plus important. Les réseaux sociaux peuvent imparfaitement déduire les opinions des gens, je pense qu’avec des IA conçues pour être des outils relationnels, le profilage peut-être encore plus précis, la manipulation encore plus importante et l’isolement encore plus fort. Cette possibilité de transparence de l’âme, d’isolement des individus entre eux qui ne se confrontent qu’à une machine qui tout en les brossant dans le sens du poil peut les cataloguer comme personne et les manipuler comme jamais correspondent bien à cet idéal totalitaire.